21.12.2009
Vos retraites et l'affaire MADOFF
L'Arrco piégée par Madoff
Le couturier Daniel Hechter, le chanteur Leonard Cohen, BNP-Paribas, Natixis ou encore Dexia, la liste des victimes bernées par l'escroc financier Bernard Madoff s'allonge d'une institution inattendue : l'Arrco, l'organisme chargé de verser les retraites complémentaires à plus de 18 millions de salariés et employés français, s'est également fait piéger. Selon nos informations, la somme s'élève à 50 millions d'euros. «Non, 34 millions», corrige Philippe Goubeault, le directeur financier de la caisse.
Comment cette institution qui, avec l'Agirc (1), dispose d'une trésorerie de 55 milliards d'euros, s'est-elle retrouvée dans la gueule du loup ? Sans le savoir, un peu naïvement. «Au vu de ses prospectus, explique Philippe Goubeault, Lux Alpha, le fonds luxembourgeois qui a pris du Madoff, était tout à fait conforme à nos règles jurisprudentielles et au droit européen. En plus, il était entièrement géré par la banque suisse UBS, jugée très solide à l'époque, et auditée par le cabinet Ernst et Young !»
Au cours de l'année 2008, la direction financière de l'Arrco commence à se poser des questions. Les performances de leurs placements sont beaucoup trop régulières pour être vraies. Las. Fin 2008, l'affaire Madoff éclate.
Une cinquantaine de milliards d'euros partis en fumée à cause de l'escroc. On apprendra plus tard que l'UBS n'a pas été très claire dans l'histoire, et que le fonds luxembourgeois Lux Alpha n'achetait que du Madoff...
Un moment, la caisse de retraite complémentaire pense à faire un procès à la banque suisse. Et puis elle apprend que les autorités luxembourgeoises exercent des pressions très fortes sur l'UBS pour que celle-ci trouve une solution à l'amiable : rendre l'argent qu'elle a fait perdre. Philippe Goubeault sait que ce sera long, très long.
(1)L'organisme qui verse les retraites complémentaires des cadres.
Martine Gilson
Le Nouvel Observateur
Par François Krug
L'Arrco [1] ne s'en est pas vantée. Comme beaucoup d'autres, l'association gérant la retraite complémentaire des salariés a été victime de Bernard Madoff [2]. Elle y a perdu près de 35 millions d'euros. Et les 150 ans de prison [3] que la justice américaine vient d'infliger au financier n'y changeront rien.
L'affaire n'a pas fait beaucoup de bruit. Elle a été abordée le 10 mars lors du conseil d'administration de l'Arrco [4], et a fait l'objet d'un court article début juin dans Le Nouvel Observateur [5]. Mais le régime de retraite ne figurait pas dans les victimes françaises déjà connues [6].
Une réserve de 41 milliards d'euros à placer
L'Arrco, co-gérée par les syndicats et le patronat, ne passe pas pour un repaire de spéculateurs. Les cotisations de milions de salariés lui ont pourtant permis de se constituer un petit trésor boursier : une « réserve technique de financement à moyen et long termes » de 41,87 milliards d'euros.
Pas de chance, l'organisation paritaire a été rattrapée par deux catastrophes financières. Son président, le syndicaliste de Force ouvrière Bernard Devy, a dressé le bilan devant le conseil d'administration [4] :
- une exposition de 20,1 millions d'euros sur la banque américaine Lehman Brothers [7], qui a fait faillite en septembre ;
- une exposition de 34,9 millions d'euros sur les fonds gérés par Bernard Madoff, arrêté en décembre.
Le parcours de l'argent est désormais bien connu. Comme beaucoup de victimes européennes de Madoff, l'Arrco a investi dans la Sicav luxembourgeoise Luxalpha.
Un placement qui avait tout pour plaire : ses rendements résistaient à la conjoncture et sa banque dépositaire, la Suisse UBS, offrait un gage de sérieux. Sauf que Luxalpha confiait ensuite les fonds à Madoff. Des particuliers se sont eux aussi fait plumer [8], via leurs banques ou leurs compagnies d'assurance.
« Ne pas affoler les retraités »
A l'Arrco, on souligne que les sommes concernées ne représentent qu'une petite partie de la réserve. « Il ne faut pas affoler les retraités », nuance donc une porte-parole. D'ailleurs, souligne-t-elle, l'Arrco a « un règlement financier très strict ».
Ce règlement financier [9] n'a pas empêché l'Arrco d'être lésée par Madoff, mais il a peut-être limité les dégâts. Il est censé encadrer la spéculation, en fixant des « quotas » dans l'utilisation de la réserve :
- au minimum 60% placés en obligations et titres sûrs ;
- au maximum 40% placés en actions ou dans des fonds.
Les quotas sont respectés, assure-t-on à l'Arrco : les obligations représenteraient aujourd'hui 70% des placements. Mais l'organisation n'est pas encore sûre de récupérer un jour les 35 millions perdus en spéculant chez Luxalpha.
Et le verdict prononcé par la justice américaine n'y changera rien. Les victimes européennes de l'affaire ne peuvent que se retourner contre UBS et les autres établissements dépositaires des fonds liés à Madoff. Des banques qui refusent toujours d'admettre la moindre responsabilité dans le scandale.
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