05.02.2010
Chère Michèle, Cher Brice,
"Chère Michèle", "cher Brice"...
Par Alexandra Guillet , le 05 février 2010 à 17h33, mis à jour le 05 février 2010 à 18:55
Violences dans les stades, sécurité des seniors, gardes à vue... Malgré la bonne entente affichée devant les photographes, le ministre de l'Intérieur et la garde des Sceaux ne cachent plus leurs divergences....
Pourtant, les clashs sont récurrents. Celui du moment concerne les supporters violents. Dans une lettre envoyée le 29 janvier à son collègue de l'Intérieur et introduite par un cordial "Cher Brice", Michèle Alliot-Marie a critiqué le nombre insuffisant d'interpellations réalisées par les forces de police lors d'incidents à l'occasion de matches de football. Après avoir répondu du tac-au-tac, oralement, que le nombre d'interpellations d'hooligans était en hausse de plus de 6% depuis son arrivée à l'Intérieur, Brice Hortefeux s'est également fendu d'un courrier, le 4 février, à l'introduction tout aussi délicate, "chère Michèle", selon France Info qui en a eu copie. Mais la courtoisie est de courte durée. Le ministre affirme ensuite que si les violences dans les stades persistent, c'est que la Justice ne fait pas correctement son travail. Mauvaise coordination des parquets, absence de bilan sur les suites pénales match après match, etc...
Seniors, récidive, garde à vue...
Cette vraie-fausse polémique sur le traitement des supporters violents a surgi alors que les deux ministres régaliens avaient à peine fini de se quereller au sujet des seniors. Après le meurtre d'une rare violence d'un couple de retraités dans l'Oise, Brice Hortefeux avait en effet annoncé sur TF1 le week-end dernier son intention d'aggraver les sanctions pénales en cas d'agression de personnes âgées. "Les propositions en matière pénale sont faites soit par le ministre de la Justice, soit par les parlementaires", avait répliqué Michèle Alliot-Marie. Réponse ping-pong d'Hortefeux sur Europe 1 : "cette proposition d'aggravation a été votée la semaine dernière par la Commission des lois à l'Assemblée nationale, il est dommage que la ministre de la Justice n'ait pas été bien informée". Et d'ajouter : "mais cela n'est pas grave parce que, avec Michèle Alliot-Marie, nous nous rejoignons certainement sur l'objectif qui est d'assurer la tranquillité de nos concitoyens".
A l'automne dernier, les deux poids lourds du gouvernement s'étaient également accrochés à deux reprises. Brice Hortefeux s'était autorisé à critiquer l'action des juges d'application des peines après l'assassinat d'une joggeuse, Marie-Christine Hodeau, par un homme récidiviste et en libération conditionnelle. Les juges n'ont fait qu'appliquer "la loi en vigueur", avait répliqué MAM. Quelques jours plus tard, le fidèle lieutenant de Nicolas Sarkozy remettait ça en annonçant qu'une "réflexion" était en cours sur le prolongement à quatre jours de la garde à vue pour les crimes sexuels. "Pour l'instant, c'est à la Justice qu'il revient de proposer des mesures sur la garde à vue", avait alors répliqué la garde des Sceaux.
"On n'est qu'au début des escarmouches..."
Une pique, un sourire. Un sourire, une pique. Michèle Alliot-Marie, qui a occupé successivement trois des quatre postes régaliens (Défense, Intérieur et Justice), connaît bien les tensions qui peuvent exister entre ces ministères-clés. Dans la ligne de mire, il y a la plus haute marche du gouvernement.
Michèle Alliot-Marie est une gaulliste pur jus, son collègue de l'Intérieur un ultra-sarkozyste. Après la relaxe de Dominique de Villepin dans l'affaire Clearsteam, signant son retour en politique et, à l'approche d'une échéance électorale importante, les régionales, la garde des Sceaux essaierait-elle de se démarquer ? "On n'est qu'au début des escarmouches, il y a une lutte entre eux pour rester au gouvernement (après les régionales) et ensuite devenir Premier ministre (à la fin du quinquennat)", assurait vendredi un membre de la majorité à l'AFP. Ne reste plus qu'à attendre de voir sur quel sujet se cristallisera la prochaine discorde. A moins que d'ici là, Nicolas Sarkozy ou François Fillon ne se décident discrètement à siffler la fin des escarmouches entre leurs deux ministres et le fassent savoir par un "indiscret" dans un média, toujours bien efficace.
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